De simple client à citoyen participant

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Depuis quelques années, nous appréhendons les conséquences du dépassement des limites de notre société capitaliste. Nous essayons donc de trouver des façons de vivre autrement pour nous préparer à affronter l’avenir. Une de celles-ci est notre implication citoyenne en politique municipale. Nous croyons que c’est à ce niveau, à la base, que nous avons le plus d’influence sur notre qualité de vie, sur notre « buen vivir ».

En ce sens, nous faisons plusieurs démarches. Entres autres, nous suivons assiduement les publications et règlements municipaux, écrivons à la municipalité, participons aux assemblées publiques et à des projets citoyens. De plus, nous assistons et participons souvent aux séances du conseil municipal. Voici nos impressions sur quelques-unes de nos démarches.


Séances du conseil

Lors de ces séances, le premier élément qui nous irrite s’avère le décorum. Entre autres, nous retrouvons les élus qui trônent sur une scène surélevée, en position dominante. Lors d’une période de questions, un citoyen s’adressa même au maire en le nommant par lapsus « Monsieur le juge » . À notre avis, cela influence bien dès le départ un rapport de pouvoir inégal.

Engagements électoraux de Quenneville

Aussi, nous remarquons que les décisions semblent la plupart du temps prises d’avance. Nos points de vue, même exprimés lors des périodes de question, sont très rarement considérés. Pourtant, un des engagements électoraux du maire Quenneville est de « redonner la parole au citoyen en leur permettant de s’exprimer avant chaque vote du conseil ».

De plus, lors d’échanges avec les citoyens, nous trouvons certains élus sur un mode défensif, au point de donner parfois l’impression d’une bataille. Même le maire utilise à l’occasion l’expression « c’est de bonne guerre » avec les citoyens qui s’opposent à certaines décisions politiques. Nous sommes également témoins qu’un citoyen s’est déjà fait traiter de « chialeux » par un conseiller et qu’un autre a reçu une mise en demeure.

Si rien ne change, les gens impliqués finiront par penser que leurs interventions deviennent un bruit de fond que le conseil s’efforce d’atténuer à coup de séances de consultation publique bidon. Avec ce mode de fonctionnement, pourquoi avons-nous le sentiment que la pièce de casse-tête du citoyen est impossible à placer?


Roméo Bouchard, auteur de nombreuses publications, décrit bien une tendance générale dans cet extrait :

« […], les élus municipaux ne font rien pour impliquer leur population, au contraire, ils font tout pour ne pas être embêtés par les citoyens. Ils administrent à huis clos et en vase clos. Ils n’informent pas. Ils ne consultent pas, même pour les grands projets ou les orientations importantes, sauf lorsqu’ils y sont forcés par des contestations citoyennes. Les séances publiques sont précédées de séances à huis clos. Leur déroulement est si ennuyeux et encombré de détails de régie interne qu’il décourage les citoyens d’y assister. La période de questions est reléguée à la fin, tard dans la soirée, et rigoureusement limitée et encadrée. On comprend vite qu’on n’est pas bienvenu, qu’on dérange et qu’on risque des ennuis si on insiste pour s’en mêler. »

Roméo Bouchard, Le Devoir, 3 juillet 2013

À cela, nous ajoutons que cette façon d’agir nous éloigne dangereusement d’une réelle démocratie. Nous y percevons aussi certaines dérives qui défavorisent sérieusement notre communauté.


Démocratie à la dérive…

Nous identifions facilement deux dérives importantes issues de notre démocratie dite représentative. D’une part, il y a accaparement du pouvoir par le maire et ses conseillers « acolytes ». D’autre part, il y a une faible participation des citoyens. La majorité des gens s’impliquent en politique seulement une fois tous les quatre ans, sinon jamais. En réalité, cela a pour effet de remettre la totalité du pouvoir dans les mains du conseil municipal.

Lorsque des projets comme une carrière, un projet-pilote VTT, les barrages, nous occasionnent directement des soucis, cela nous oblige à une certaine mobilisation. Mais, quand vient le temps de réfléchir aux façons d’améliorer notre qualité de vie quotidienne ou de débattre d’une « vision stratégique » pour l’avenir de notre milieu, les citoyens se font habituellement plus discrets. Quoi de plus normal, puisque la démarche exige de passer des heures pénibles dans les séances du conseil et les assemblées publiques. De plus, voyant que tout semble déjà décidé d’avance, bien des gens, découragés, passeront leur tour.

Concernant les dernières consultations publiques telles que la municipalisation des chemins, le parc multifonctionnel et la micro-culture de cannabis, on dénombrait moins de 50 personnes par assemblée. Pour celle de Beside cabins, il y avait plus de gens de la mairie que de citoyens. Comment peut-on parler de consultation publique lorsque plus de 99% de citoyens sont absents? Cela ressemble à une belle fumisterie…

Vu le faible taux de participation et l’attitude de roi et maître de certains élus, ce fonctionnement peut difficilement répondre aux attentes des citoyens. Il est temps de réapprendre à exercer notre pouvoir citoyen. Il s’avère même impératif de reprendre le contrôle des décisions qui ont un impact sur notre communauté. D’ailleurs, afin de répondre aux nouvelles exigences de participation citoyenne, certaines municipalités se tournent vers une démocratie plus participative.


Démocratie participative

Être acteurs aux décisions qui nous concernent, c’est un degré de plus dans le partage du pouvoir entre les élus et les citoyens. Avec le comité de citoyens qui étudient la future taxe pour les barrages, certains y voient une première ouverture en ce sens. Par contre, nous percevons plutôt, comme d’autres citoyens, une stratégie politique pour ressortir blanc comme neige vis-à-vis une décision qui ne peut qu’être impopulaire auprès de la population.

Dans une démocratie participative, il y a partage du pouvoir, fondé sur la participation citoyenne à la prise de décisions politiques. Chaque district doit être développé en fonction et par ceux qui l’habitent. Les Chertsois connaissent bien leur territoire; ils savent ce qui va et ce qui ne va pas. Ils sont certainement les mieux placés pour donner leur avis et participer à l’amélioration de leur milieu de vie.

Si un rapport d’égal à égal est souhaitable, la transmission d’information complète et transparente entre les élus et les citoyens est aussi un préalable essentiel à une bonne participation des gens de Chertsey. Nous devons avoir la possibilité de suivre en temps réel l’avancement des dossiers, les difficultés rencontrées, les choix effectués pour pouvoir pleinement contribuer.

Nous croyons que les membres du conseil ont le devoir de bien nous représenter. Pour cela, il serait indispensable qu’ils favorisent la participation des citoyens. N’est-il pas préférable de travailler avec les élus plutôt que contre leurs décisions déjà prises? Les décisions se prendraient parfois moins rapidement, mais les résultats répondraient certainement davantage aux attentes des citoyens.


Refusons le statut de client

Dommage que certains de nos élus actuels mettent de l’énergie surtout pour attirer les touristes et de nouveaux résidents. Par exemple, notre municipalité priorise un endettement de 100 000 $ pour des enseignes publicitaires de bienvenue, comme le ferait une compagnie. Avec celles-ci, certains élus espèrent aller chercher plus de taxes et prospérer.

De notre côté, nous croyons beaucoup plus judicieux de prioriser l’amélioration de la qualité de vie des résidents actuels de Chertsey. En plus d’avoir des décisions politiques répondant mieux à nos besoins, cela attirerait automatiquement de nouveaux arrivants puisque tous le monde recherche autant que possible la vie bonne.

En étant confronté au pouvoir d’un maire « grand gestionnaire d’entreprise », nous devenons de simples clients. Ainsi, les plus déterminés pourront obtenir des privilèges. Mais, la majorité d’entre nous vont endurer et rester des individus passifs. Autrement dit, nous nous sentons réduits à des consommateurs insatisfai ts de services municipaux, qui payent un pourcentage toujours plus élevé de taxes pour moins de services. Que faire?

Soyons tous un peu maire et bâtissons une municipalité qui nous ressemble et nous rassemble. Nous croyons que favoriser une plus grande implication active des Chertsois en politique municipale est la première étape à franchir. C’est à chacun de nous d’exiger qu’aucun projet ne se développe sans notre consentement libre, préalable et éclairé.

La démocratie participative, surtout au niveau municipal, semble un puissant levier pour s’attaquer à la détérioration de notre qualité de vie et de notre environnement. Certains pourraient croire que notre vision pour Chertsey relève de l’utopie. Nous leur donnons raison et leur répondons par ceci :

« L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé.
L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé. »

Théodore Monod

− Diane Cossette et Guy Monet

* L’emploi du masculin pour désigner des personnes n’a d’autres fins que celle d’alléger le texte.

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2 réflexions au sujet de “De simple client à citoyen participant”

  1. Il y a effectivement de quoi être très découragé. On nous dit de venir nous installer à Chertsey où la nature est dans notre culture, on arrive plein d’enthousiasme en se fiant aux communications de la municipalité mais la déception est grande.
    En 2015 il y a eu une consultation publique très populaire pour définir la politique culturelle de Chertsey; en 2020 les responsables font exactement le contraire de ce qui est écrit dans la politique en vigueur et personne ne dit rien.
    Dans l’esprit de cette politique, j’avais passé l’été 2017 à préparer une exposition historique pour les habitants de Chertsey, du travail bénévole. Le jour de l’exposition tous les membres du conseil (sauf Mme Joly) ont fait un grand détour pour ne pas avoir à me saluer (me remercier au nom des habitants de Chertsey) car j’avais eu l’audace de ne pas être d’accord avec une de leurs politiques et de la critiquer publiquement. C’est évident que je ne recommencerai pas de sitôt!
    Quand le nouveau conseil a été élu ils ont publié les valeurs qui allaient diriger leurs actions dans un plan directeur: respect, écoute et intégrité. Curieusement ils ne se sont pas gênés pour plagier illégalement les photos d’un de leurs citoyens pour illustrer leurs bonnes intentions. Ils ont finalement retiré ce document du site internet de la municipalité après des demandes répétées mais personne ne s’est jamais excusé.
    Comme très peu de gens s’intéressent à la politique municipale les élus font ce qu’ils veulent sans trop avoir à rendre de comptes. Pourtant je suis tout à fait d’accord avec Diane et Guy:

    Nous croyons que c’est à ce niveau, à la base, que nous avons le plus d’influence sur notre qualité de vie, sur notre « buen vivir ».

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  2. TOUT a fait d’accord avec ce qui a été écrit plus haut. A chaque décennie ou presque, il y a eu des groupes de citoyens qui ont essayés d.être actifs bénévollement au sein de différents comités….au début on croit toujours à la bonne foi de chacun, mais vite, on est obbligé de constater que même les plus soit disant ouvert a cet exercice ( les élus) laissent aux employers gérer à leurs façons leurs départements….et comme par le passé c’était toujours des phrases comme ”je vous entends…” mais qu’en faite cela voulait dire : ça changera rien….pour les bénévoles que nous avons été…à la fin c’était toujours de nous laisser croire que nos idées comptaient, que notre travail étaient utile…oui il était utile pour nous conforter dans notre naiveté… dans le fait que nous étions manipuler par des années de pratique et que la plupart des choses faites avec notre soit disant consentement finisaient sur des tablettes et-ou n’étaient pas respectés…et si nous voulions aller plus loin alors là C’ÉTAIT et C’EST surement encore des lancés de ballons à un et à l’autre pour noyez le poisson…. CECI ÉTANT DIT! Pour que nous puissions faire une différence, IL FAUT PAS VOULOIR À TOUT PRIX rester leurs petits amis…..Eux ne nous voient que comme des batons dans les roues….Il faut des actions , ACTIONS: je me posais la question à la fête des arts à la fin septembre…le groupe qui organise très bien d’ailleurs cette fête as-il rammassé les coordonnées des gens qui y vont à cette fête. Une petite adresse courriel…une liste de ceux qui seraient près à venir appuyer ponctuellement les bonnes idées de l’amélioration du vivre à chertsey et non la recherche d’enrichir les coffres de la municipalité en attirant des touristes d’un jour qui viennent faire le grabuge dans ces locations de fin de semaine……LORSQUE VOUS avez fait reculer le maire sur ses VTT, ce fut assez mouvementé, C’EST LA SEULE FAÇON que le maire comprend….sans ça, il y a toujours des raisons mystérieuses pour qu’il fasse à sa tête et que les autres suivent…. ON NE VEUT PAS AUGMENTER LA POPULATION à tout prix: Nous ne sommes pas respectés en tant que CLIENT et ils veulent encore plus de CLIENTS afin de NOYER LES POISSONS ….. Le groupe qui devait ramasser les adresses courriels de tous ceux intéressés à donné un coup de main ponctuel au bonne idée qu’ils ont…..ONT-ILS LA LISTE qui pourrait servir à donner du POIDS à nos revendications……..?????? C’est seulement avec la participation ponctuelle de la population que nos idées VONT ÊTRE ENTENDUes. Sans cela, un groupe ou un autre finit toujours par baisser l’échines parce que des liens sociaux finissent entre les membres de la municipalité et les CLIENTS par prendre la place……

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