Faire fausse route…

Développement économique et tourisme

Notre maire et quelques conseillers comptent beaucoup sur le tourisme pour le développement économique de Chertsey. Quelques mois à peine après leur élection, ils adoptaient déjà un important projet d’urbanisme (projet-pilote), d’une durée d’un an. Ce projet-pilote autorisait les VTTs à circuler sur 14 km de route publique. Ainsi, nos élus espéraient attirer davantage de visiteurs.

La vision économique cachée derrière ce projet-pilote est la suivante. En favorisant l’accès des VTTs un peu partout sur nos routes, cela attirera davantage de touristes. Ensuite, passer par le cœur du village permettra aux touristes d’arrêter dans nos commerces qui deviendront plus prospères. Ainsi, en découvrant Chertsey, ces visiteurs voudront peut-être s’y installer un jour…

Vision ou idée fixe?

Dès le début de la dernière séance du conseil, le maire a ajouté un point à l’ordre du jour. Il a parlé tellement vite que je n’ai rien compris de ce qu’il a dit. Il semblait tellement nerveux qu’il a même oublié de faire adopter l’ordre du jour tel que modifié. Pour connaître les détails de cette modification, vous pouvez consulter le procès-verbal du 21 mai 2019 à la page 13 (point 40).

Ce point concerne une résolution du conseil qui autorise la circulation des VTTs en plein cœur du village, rue Principale. La municipalité veut accommoder le propriétaire d’une entreprise privée de location de VTTs. On peut entendre ce commerçant s’exprimer lors de la période de question dans cet extrait issu de la vidéo du Comité des Citoyennes et Citoyens de Chertsey (la vidéo).

Le conseiller, M. De Beaumont, a voté contre cette résolution. Il nous a expliqué que la future allée piétonnière n’a jamais été prise en considération. Il faut dire aussi que la rue Principale s’avère très étroite et déjà achalandée les fins de semaine. En plus des piétons, il y a les cyclistes. Rajoutez les VTTs à tout ça en saison estivale… En conséquences, certains citoyens semblent inquiets. Ils ont questionné le maire à ce propos. Vous trouverez ci-après une première intervention et une deuxième.

L’entreprise avant les Chertsois

Deux mois seulement après l’annulation du projet-pilote, la municipalité tente encore de donner un accès aux VTTs sur la voie publique pour satisfaire la demande d’un commerçant.

A-t-on pensé aux citoyens qui marchent sur la rue Principale pour aller faire leur épicerie? Quoi dire des aînés qui vont à pied de leur résidence à la Pharmacie? A-t-on pensé aux enfants qui font du vélo? La rue Principale n’est-elle pas une artère « principale» pour tous les villageois?

À mon sens, changer la vocation d’une artère principale pour favoriser un seul commerçant qui pourrait fermer boutique le lendemain, s’avère illogique. En regard de ce qui précède, plusieurs Chertsois se questionnent de plus en plus sur l’orientation politique de la municipalité:

«le conseil municipal perd tout jugement lorsqu’il est question de “prospérité économique” et il considère à tort, dans une optique dépassée, que les “besoins” des commerçants sont prioritaires pour assurer le développement de notre municipalité.»

(une Chertsoise)

Les touristes avant les Chertsois

Malheureusement, cette vision du développement économique axée sur le tourisme a parfois le défaut de nuire aux citoyens. Je pense surtout à ceux qui vivaient près des 14 km du temps du projet-pilote. Le projet-pilote illustre bien que des élus déjà convaincus du bien-fondé de leur vision auront tendance à ignorer ou faire traîner les demandes de leurs opposants.

«Il faut savoir que le projet pilote a été annulé parce que des citoyens mécontents sont allés exprimer leur ras-le-bol durant près de 7 mois à chaque assemblée du conseil municipal. S’ils ne l’avaient pas fait, rien n’aurait bougé.»

(un Chertsois)

Une vision qui fait fuir les Chertsois

À Chertsey, ce n’est pas la première fois qu’un conseil municipal autorise la circulation de VTTs sur la route. Selon un Chertsois, cela aurait commencé autour de 2012 à Grande-Vallée.

Dans ce secteur, on retrouve aussi des résidents mécontents qui subissent des nuisances (sécurité, bruit, poussière, etc.) tous les jours et parfois même la nuit. Ne possédant plus leur espace vital, certains finissent même par déménager. Ces nuisances pourraient donc conduire à un problème de rétention. Ce n’est probablement pas l’unique raison, mais notre population a quand même baissée de plus de 4% en un an¹.

Quoi qu’il en soit, les plus tenaces des gens qui vivent des nuisances vont parfois entreprendre des démarches lourdes auprès de la municipalité. Le 13 mai dernier, un résident qui vit près des routes toujours autorisées aux VTTs dans Grande-Vallée, écrivait ceci:

«Notre problème est identique à celui du projet-pilote. Depuis 2012, les quadistes utilisent la route municipale pour aller à Grande-Vallée qui est un cul-de-sac, donc un aller retour. Un quadiste a frappé ma voiture délibérément à plusieurs occasions. J’ai même fait signer une pétition [50 signataires] par les gens concernés par le problème que j’ai remis à M. Quenneville. Aucun accusé de réception.»

(un autre Chertsois)

Aussi, on peut entendre un résident de Grande-Vallée intervenir à ce sujet à la période de question, toujours lors de la dernière séance du conseil, en cliquant ici.

L’attraction de nouveaux résidents

Si Chertsey veut se départir un jour de sa réputation de «paumée» et attirer de nouveaux résidents, il faudrait commencer par améliorer la rue Principale. On y aperçoit une maison et des commerces abandonnés, des garages affreux, des dépotoirs à ciel ouvert, une toiture effondrée, et j’en passe…

Plus notre village resplendira, plus il attirera des touristes qui auront envie d’y vivre. Si l’argent de nos taxes servait prioritairement au bien-être des Chertsois et à l’aménagement du cœur de notre village, cela aurait à la fois un effet de rétention et d’attraction.

C’est vrai que le tourisme aide quelques commerçants l’été
et les fins de semaine, quand il fait beau.
Mais un nombre grandissant de citoyens aiderait davantage les commerçants et la municipalité, toute l’année, beau temps mauvais temps!

─ Diane Cossette


¹ D’après les chiffres officiels affichés à la MRC Matawinie (décret 1421-2018), la population est passée de 5001 à 4783 personnes en un an.

Dernière mise à jour: 21 juillet 2019

3 réflexions au sujet de “Faire fausse route…”

  1. Très, Très, Très bien dit, c’est exactement ça .Que le Maire est des idées fixe c’est une chose ,mais que 6 Conseillers le suivre dans ses idées , c’est aberrant

  2. Pour revenir à l’idée du conseil municipal de faire prospérer les commerces de Chertsey, ceux-ci font déjà leurs choux gras avec le tourisme, il n’y a qu’à remarquer, la fin de semaine, le quasi manque de stationnement que connaissent tous les commerces qui sont sur la 125. Les vtt s’y arrêtent également et le projet pilote n’aurait pas changé grand chose sur le chiffre d’affaire de ces commerces.
    Notons que Patrick Morin, le vendeur d’électroménagers au coin de la 335, la boutique (bien grand mot) d’antiquité au coeur du village et autres commerces de ce genre ne profitent pas de la manne vtt, même s’ils ont signé la pétition pour. Ils subsistent grâce aux résidents, villégiateurs inclus. Avez-vous déjà vu un vtt avec un frigo sur son porte-bagage?
    Quant à la permission accordée sciemment par le conseil et l’urbanisme de permettre au locateur de vtt de s’établir sur la Principale, je crois qu’une intention, probablement de mauvaise foi, était en partie derrière ce choix, soit de mettre la population devant un fait accompli. Normalement, dans une société qui se respecte, ce commerce et la municipalité aurait dû attendre le dénouement de la crise vtt.
    La municipalité se justifie en disant qu’elle a vérifié que les citoyens concernés étaient en accord avec cette décision, elle prend le rôle de juge et parti et elle ne peut ainsi réclamer l’indépendance de son enquête à ce sujet. Si cela a été fait, c’est du bidon car la municipalité est en position de pouvoir et, à cette époque, elle a affiché clairement son intention de permettre le passage des vtt. C’est comme la police qui enquête sur elle-même…

  3. Merci pour vos commentaires.

    Les gouvernements de tous les paliers essaient de se justifier, depuis plusieurs décennies d’ailleurs. Pourtant, si cela avait apporté à la majorité des gens la prospérité tant vantée, ça se verrait depuis le temps, non? On assiste plutôt à une augmentation d’emplois précaires, à la déchéance de nos services publics, à la diminution de notre pouvoir d’achat, etc. Les dégâts autant écologiques que sociaux qui découlent de cette vision économique orthodoxe sont considérables.

    https://journal.alternatives.ca/Tourisme-une-transition-ecologique-en-panne

    Quand j’entends la mairesse de Sainte-Lucie essayer de vendre à ses citoyens son projet de construction de 50 bâtiments aux fins de culture de cannabis (projet industriel), dans une zone résidentielle, sans consultation citoyenne, je reste sans voix (eux aussi, littéralement).

    http://tvcl.ca/reunion-conseil-de-municipalite-de-sainte-lucie-laurentides-juillet-2019/

    Serons-nous la première municipalité de Lanaudière qui osera sortir de cette vision dépassée et qui innovera? Pour s’inspirer, il existe un petit bouquin (120 pages) qui parle d’innovation municipale.

    https://jeanneemard.wordpress.com/2019/08/26/linnovation-municipale/

    Les ressources de la planète étant épuisables, cette transition deviendra tôt ou tard inévitable. Notre communauté aurait donc avantage à s’y mettre dès maintenant. À mon sens, nous le faisons déjà un peu en partageant nos opinions et solutions.

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